Rapport moral 2020 de LCVR45

AG LCVR du Loiret Mars 2021
L’année 2020 aura été particulièrement éprouvante du fait des contraintes et des inquiétudes liées à la crise sanitaire sans précédent qui sévit et perdure encore partout dans le monde : contraintes sanitaires, sociales, économiques, qui ont considérablement ralenti l’action de notre petite association déjà fragilisée par la baisse constante du nombre des adhérents et des membres de notre CA.
Mais année particulière également en ce qui concerne la sécurité routière, avec un niveau d’accidentalité sur la route jamais égalé en France depuis que l’on centralise et fiabilise les données d’accidents (*1) : 2550 tués (*2). Ce bilan exceptionnel s’explique en partie par un confinement total de 2 mois pendant lequel nous avions perdu la liberté de nous déplacer. Un trafic en baisse de près de 75% (*3) a entraîné une baisse de 45% des accidents mais hélas leurs gravités n’est pas proportionnelle. Ce qui tend à démontrer, si besoin était, que quand il y a moins de circulation, les usagers roulent plus vite.
2020 sera aussi une année statistiquement difficile à décrypter et à comparer car elle marquera un changement important dans nos façons de travailler et donc de nous déplacer. En effet le digital et le télétravail ont fait une entrée remarquable dans la vie de beaucoup de nos concitoyens et vont modifier de façon durable pour nombre d’entre eux les habitudes de déplacements. Pour mémoire, 30% des accidents de travail sont des accidents de la route. C’est pourquoi il faudra attendre pour évaluer l’impact de tous ces changements.

Début 2020, la crise des gilets jaunes faisait se fissurer la politique de sécurité routière impulsée par le 1er ministre de l’époque M Edouard Philippe, avec la mise en place le 1er juillet 2019 du 80km/h partout en France. Du fait de la rapidité et de l’ampleur de la crise sanitaire avec ses conséquences sociales et économiques, la lutte contre l’insécurité routière a été abandonnée, laissant le champ libre aux opposants.
A peine le premier confinement terminé, nous avons été sollicités le 7 juillet, au titre de membres de la Commission Départementale de Sécurité Routière (C.D.S.R .) par la Préfecture pour donner un avis sur le retour au 90km/h sur 14% du réseau des routes du Loiret (*4) proposé par les élus du Conseil Départemental.
Les pouvoirs publics avaient pourtant programmé une évaluation de la mise en place du 80km/h après 2 ans d’application : malgré cela, certains responsables de départements, dont le Loiret, n’ont pas souhaité attendre ce délai pour remettre en cause cette mesure. Pourtant le département finance depuis de nombreuses années nos actions de sensibilisation à la Sécurité Routière, en particulier dans les collèges. Son action volontariste a contribué à faire disparaître « les points noirs » de nos routes. Toutefois, un nombre important d’accidents subsiste, ce qui rend la mesure du 80km/h encore plus pertinente sur le réseau loirétain. Les statistiques le démontrent sans équivoque : 61% des accidents surviennent sur les axes à double sens du Loiret sans séparation centrale.
Le président du Département, M. Marc Gaudet, et le responsable des Routes, M. Alain Touchard, étaient présents à notre assemblée générale le 4 février 2020. Nos arguments en faveur du 80 km/h avaient pour objectif de renforcer la sécurité sur nos routes, ceux avancés par les élus étaient d’un autre ordre :
– cette mesure n’avait pas donné lieu à concertation mais avait été imposée aux élus départementaux
– cette décision pénalisait une fois de plus les ruraux
– le dépassement des poids lourds (vitesse maximale : 80 km/h) devenait plus dangereux
– le temps perdu pénalisait les acteurs économiques de notre département.
Mais qu’est-ce que 5 ou 6 secondes, voire 2 minutes, perdues selon les tronçons, au regard des dizaines de vies épargnées ? Le Danemark, la Finlande et les Pays Bas, ont adopté avant nous le 80km/h, et ne le remettent pas en cause, ni économiquement ni politiquement.

Au regard des arguments de chacun, la Commission Départementale de Sécurité Routière a logiquement donné un avis défavorable lors de la commission préfectorale. Hélas, celui-ci n’a pas pesé lourd face à la détermination des élus départementaux et le 1er novembre 2020, 10% de notre réseau revenait au 90 km/h.
La simplification et la lisibilité de la règlementation si chères à nos élus se trouvent mises à mal avec encore une feuille de plus au millefeuille, 10, 20, 30, 50, 70, 80, 90, 110, 130 km /h selon les départements.
C’est une grande déception pour notre action, que le passage à 80km/h, présenté comme pertinent par La Sécurité Routière et les services de l’Etat, soit remis en cause par certains départements au gré des susceptibilités, des alliances politiques et de gains aléatoires. Elle a permis d’épargner 349 vies sur une période de 20 mois selon la Sécurité Routière.

Afin de convaincre nos élus et d’éviter la généralisation du 90 km/h sur toutes les routes du département, nous allons essayer de démontrer à l’aide d’un logiciel que, lors d’un accident, 10 km/h de plus ou de moins, peuvent entrainer de grandes différences. En effet, lors d’un procès en appel qui s’est déroulé en 2012, la LCVR a pu démontrer grâce à ce logiciel, que si le chauffeur du camion avait respecté la vitesse maximale autorisée de 50 km/h au lieu de rouler à 60km/h, comme l’indiquait le chronotachigraphe du camion, non seulement, il n’y aurait pas eu de tué, il n’y aurait pas eu de blessé, mais il n’y aurait même pas eu d’accident du tout…
Ce jugement fait aujourd’hui jurisprudence.

En ce qui concerne nos autres activités, nos moyens humains et financiers en très forte baisse, ne nous incitent pas à l’optimisme.
« Voir et être vu sur le chemin de l’école » est la seule action que nous avons pu maintenir.
Elle reste l’action emblématique de notre association depuis plus de 20 ans. Elle est plébiscitée par les responsables d’établissements, les enseignants, les élèves et les parents comme en témoignent les évaluations. On ne peut que regretter notre faible impact (1200 élèves) du fait de nos moyens qui s’amenuisent d’année en année alors que la population scolaire augmente.


Sans renfort, note action ne pourra pas continuer longtemps mais l’objectif pour 2021 est que notre vie retrouve un semblant de normalité, en permettant à chacun d’entre nous de se déplacer librement, dans le respect des règles, pour soi-même et pour les autres.

Pierre-Louis Valls
Président de la LCVR du Loiret

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